25.10.2011

Les Témoins de Jéhovah réhabilités en dépit des errements de la MIVILUDES

Il semble que la stigmatisation des témoins de Jéhovah est arrivé à bout de souffle, malgré l'acharnement de leurs détracteurs auparavant hyper médiatisés. Dorénavant mieux connus, la presse les traite comme étant une religion et non plus sous l'habituelle rubrique "sectes". Mais quelques contradictions subsistent. Décryptage.


Une reconnaissance à tous niveaux

  • Le Conseil d'Etat en date du 23 juin 2000. Une décision majeure reconnait les associations locales et régionales pour le culte des Témoins de Jéhovah comme « cultuelles » au sens de la loi du 9 décembre 1905, considérant que ces activités ne menacent aucunement l'ordre public.  
  • Le Ministère de l'Intérieur, par le biais du Bureau des cultes, les  désigne comme 'la cinquième religion de France'.
  • La presse. L'article du journal "Le Monde" en date du 7 juin 2010 et intitulé : « Reconnaissance à la française des Témoins de Jéhovah », les présentait  déjà comme une 'religion'.
  • La Cour européenne des droits de l'homme a depuis longtemps rendu plusieurs décisions concernant leur statut de "religion" dans ce sens. La dernière affaire sur la taxation en juillet dernier a même établit au niveau européen ce statut.
  • La télévision. Dans son JT de 20 heures du 24 juillet dernier un reportage de TF1  évoquait le statut cultuel des Témoins de Jéhovah suite à l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'Homme concernant la taxation en faisant remarquer que la MIVILUDES avait "minimisée" la portée de cette victoire juridique.
  • Enfin, la plupart des dictionnaires. Ils donnent une définition plutôt consensuelle en ce qui les concerne. Par exemple les dictionnaires Larousse et Hachette 2011 les définis ainsi:"Groupe religieux fondé en 1974 aux États-Unis par Charles Taze Russell (1852-1916)"

Qu'est-ce qui entretient alors la désinformation à leur sujet ?

 

Une police de la pensée qui sème la confusion

Interrogé par Radio Vatican le 15 octobre 2010 qui lui demandait « Comment définit-on les dérives sectaires ? », M. Fenech, pourfendeur de sectes, répondait : « Nous n'avons pas de définition, ni d'une secte, ni d'une dérive sectaire ». C'est bien là quelque chose d'assez extraordinaire qu'un organisme public financée par l'argent de nos impôts et chargé de prévenir la population contre les dérives sectaires qui avoue finalement ne rien connaître au sujet ! Quelle aberration !


Or voilà que le Sénat passé à gauche s'apprête à voter définitivement un amendement déposé par le député Philippe Vuilque (et proposé auparavant par le député Alain Anziani le 18 novembre 2010) pour demander l'impunité totale dans la diffamation des minorités religieuses.

Dans sa belle et passionnante tribune, Christian Paturel révèle très justement que dans la pratique, et dans l'état actuel du droit, il est possible de passer outre cette loi, si un plaignant saisit le Conseil Constitutionnel pour la déclarer inconstitutionnelle (selon l'article 15) si ce dernier la considère comme telle. En dernier lieu, puisque la justice française semble être vulnérable aux instrumentalisations politiques (comme le montre l'affaire de la taxation), il peut être possible de saisir la Cour européenne des droits de l'Homme.

Il va sans dire que les Témoins de Jéhovah sont bien connus des chercheurs et sociologues et que les accusations qu'on pourra leur porter devront être en accord avec la réalité sur le terrain. Des insinuations non vérifiables et 'sorties des sentiers battus' vont être vite démontées ce qui ne fera qu'encore plus discréditer la MIVILUDES.

Du coup à des allégations non avérées même officielles il suffira d'opposer comme argument le manque de preuves.

La tendance à bâcler ce genre de sujet, sans preuves, avec des amalgames, des chiffres fantaisistes, des clichés, des suspicions et des confusions dessert la MIVILUDES. Elle dénote au mieux un manque de sérieux au pire une volonté de manipulation qui est peu convainquante pour des journalistes professionnels ou des pouvoirs publics comme le Conseil Constitutionnel.

Pour une mission qui se fait la chantre de la morale et de la lutte contre les manipulations cela fait vraiment tâche !


Finalement en demandant l'immunité la MILUDES ne fait que renforcer son peu de crédit et son peu de consistance dans ses affirmations. On ne pouvait escompter mieux d'une 'Police de la pensée' en décalage avec la réalité.


La lucidité face aux dérives de la 'Police de la pensée'


Des députés se sont récemment réunis pour célébrer les 10 années de la Loi About Picardl. Or au bout de tant d'années le bilan de cette loi est sans équivoque : une seule condamnation en 10 ans, d'après les recherches effectuées par CAPLC, et pour un mouvement supposé sectaire, ce qui est un bilan bien maigre.

Dans cet emballement politicien qui vire à la cacophonie il faut s'attendre à d'autres combines de ce genre en période de crise.

Heureusement que des voies s'élevent contre ces dérives.

Ainsi le 13 octobre dernier, le sénateur Jean Louis Masson a fait part de son indignation concernant 'les persécutions fiscales' dont furent l'objet les Témoins de Jéhovah dans une question écrite publiée dans le JO du Sénat (N°20351).

 

Il indique que "la liberté de religion est une garantie constitutionnelle et qu'elle ne peut être à géométrie variable, c'est-à-dire s'appliquant à certains et pas à d'autres.  Au moment où, malgré la loi de 1905, certains responsables politiques envisagent de financer indirectement la création de lieux de culte musulman, il est d'autant plus regrettable que l'on essaye par d'autres biais, et notamment par des persécutions fiscales, de nuire au développement d'autres religions. Dans son arrêt du 30 juin 2011, la Cour européenne des droits de l'homme a notamment condamné la France pour les mesures prises à l'encontre des Témoins de Jéhovah. Il lui demande donc s'il envisage d'en tirer au plus vite les conséquences pour qu'on cesse définitivement de harceler certaines religions minoritaires. Plus précisément dans le cas d'espèce, il lui demande si le Gouvernement a l'intention d'appliquer de bonne foi la décision susvisée de la Cour européenne des droits de l'homme."

Ce que dit ici le sénateur est intéressant puisqu'il reconnaît que la Loi de 1905 n'est pas toujours appliquée. Et que dans le même temps quand elle l'est elle est à géométrie variable.


Le besoin de contrôler le paysage religieux

La loi de 1905 n'est donc pas toujours appliquée; et ce n'est pas la MIVILUDES qui loin d'être impartial va améliorer les choses. Le paysage religieux change et ses bouleversements doivent conduire à la formation d'un autre organisme plus compétent et dont la focale soit plus élargie; qui soit réellement au service du public en informant correctement les citoyens des 'dérives confessionnelles', du fait qu'on ne peut définir une secte.

Autre errement; CAPLC nous apprend aussi que l’Université Paris Descartes a comme projet de formation: un « Diplôme Universitaire sur l’Emprise sectaire, processus de vulnérabilité et enjeux éthiques »:

'En 2007 la MIVILUDES dans son manuel « l'entreprise face au risque sectaire », avait dressé une liste de mots clés pour détecter les entreprises de formation « sectaires ». En voici quelques exemples savoureux : « accomplissement de soi ; enthousiasme ; bien-être ; capital savoir ; confiance ; désintéressement ; dévouement ; épanouissement ; estime de soi ; évitement des conflits ; évolution sociale ; gestion de la vie relationnelle ; maîtrise émotionnelle ; management des situations professionnelles ; partage des informations ; sens du partage ; résolutions de problèmes. » Selon la Miviludes donc, être enthousiaste et confiant, gérer la vie relationnelle et éviter les conflits, partager les informations, et surtout être désintéressé et dévoué, ce serait « sectaire ». Alors vive les « sectaires » en entreprises !'

La manipulation est partout ! Nous assistons donc à de fortes contradictions entre ce qui est visé et ce qui doit être officiellement surveillé.

A côté de cela personne ne peut nier qu'il y ait de vrais débordements dans toute 'la foire du spirituel' qui existe autour de nous. En réalité,  toutes les religions sont susceptibles d'occasionner des dérives.  La MIVILUDES va t'elle avoir le courage d'être cohérente avec la mission que le gouvernement lui a confiée, de cesser de jouer sur les mots et de faire son travail sérieusement et en toute impartialité en redéfinissant ses objectifs ?

A l'inverse des autres démocraties, la France ne dispose d'aucun observatoire impartial pour étudier le phénomène des " sectes ". Pourtant le Conseil de l'Europe a recommandé à plusieurs reprises la création de tels observatoires (voir par exemple la recommandation 1202 relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique et la recommandation 1412). Dans la plupart des autres pays, qui disposent d'observatoires impartiaux, la tendance est à l'apaisement et au dialogue entre les pouvoirs publics et les nouveaux mouvements religieux. Les dérives sont réprimées par la simple application de l'arsenal législatif existant.

Commentaires

Le Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS) nous informe qu' "au vu des multiples dérives de la lutte antisectes française, plusieurs membres du parlement américain (US Congress), en tant qu' "allié de la France et pour la protection des libertés fondamentales », ont envoyé, le 28 octobre 2011, un courrier officiel au Premier Ministre, François Fillon, demandant la dissolution de la MIVILUDES et la fin des subventions gouvernementales aux associations antisectes dont les actions sont « contraires à la Constitution de la République française et aux obligations internationales de la France "".

Sources:
http://www.sectes-infos.net/congress_US_Fillon.pdf

Écrit par : Gilles | 03.11.2011

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